28 mai 2008

RETOUR AUX SOURCES… ENVIE DE RIVIÈRES (partie 2)



Bien qu’il fût difficile de mettre fin à ce retour aux sources norteño, nous sommes repartis vers Lima pour ensuite prendre la direction du sud du pays, en commençant par Cuzco. Bien sûr, nos motivations étaient, cette fois, plus classiquement touristiques mais nous en avons, malgré tout, profité pour rencontrer des personnes bien intéressantes.

A Cuzco, nous avons été accueillis par Isabelle Beaufumé, une des fondatrices de l’association Qosqomaki[1], qui est active, auprès de la communauté locale, par le biais de deux "services": une bibliothèque et un dortoir pour enfants et adolescents de la rue. L’association comprend, par ailleurs, un atelier de menuiserie et une boulangerie. Bien que nos échanges avec Isabelle aient été assez limités, nous avons pu prendre conscience de certaines difficultés rencontrées, dernièrement, avec la municipalité de Cuzco. Suite à l’arrestation d’un adolescent qui loge dans le dortoir, pour avoir, supposément, consulté des sites pornographiques dans un cybercafé (ohhh grand crime !), des membres de l’association ont découvert les terribles conditions dans lesquelles ce jeune avait été détenu et ont donc porté plainte. Du coup, la municipalité semble avoir décidé de mettre des bâtons dans les roues de Qosqomaki en menant des contrôles administratifs étrangement plus pointilleux que pour les autres établissements.

L’autre bonne rencontre à Cuzco a été bien plus fortuite. Grâce au Guide du Routard, nous avons dégoté un petit bar-resto bien sympa que je conseille d’ailleurs à tous. Si je vous parle de cela ce n’est pas pour des raisons gastronomiques mais parce que cet endroit fait partie d’un original projet du nom de Aldea Yanapay[2]. Grâce à une conversation avec son jeune fondateur (il doit avoir maximum 30 ans et est originaire de Cuzco), nous avons pu apprécier pleinement cette belle idée qui associe un projet éducatif, un accueil de volontaires (péruviens et étrangers), un bar-restaurant et une sorte de maison d’hôte. Créé il y a à peine 3 ans, ce projet ne cesse de prendre de l’ampleur et parvient, pour l’instant, à remplir un de ces objectifs principaux, à savoir, être autosuffisant. Nous avons été séduits par le discours de ce jeune type plein d’idées et par l’esprit qui règne au sein de l’école de devoirs que nous avons visité. Ca donne qu’une envie : se bouger pour de vrai et se dire que, tout compte fait, c’est peut-être pas aussi compliqué qu’on ne le croit de créer des projets qui marchent !

Notre deuxième étape au sud nous a fait traverser la frontière pour nous rendre à la capitale bolivienne, où nous attendait un personnage haut en couleurs que vous connaissez probablement: Juan Claessens. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne mène pas un rythme de vie habituel pour une personne de son âge (plus de 80 ans). Le voir conduire dans cette ville à la circulation bien latino, avec tout ce que cela implique, est un délice ; le voir répondre à un policier qui tente de lui extorquer de l’argent pour une supposée (voire réelle) infraction que:"la bénédiction divine vaut largement plus qu’une amende", avant de redémarrer, sans attendre réaction de son interlocuteur (resté bouche béé, sourire aux lèvres…) est un régal.

Mais, il y a plus, il y a le projet qui fait que Juan, en réalité, n’est "pas prêtre nom de dieu mais éducateur", le projet Nidelbarmi[3]. Celui-ci nous a bien plu par l’originalité et la créativité des jeux créés et fabriqués mais, il nous a, aussi, un peu inquiété par sa dépendance envers un homme, assez exceptionnel certes, mais homme tout de même et avec un âge avancé qui plus est.

De retour au Pérou, nous avons fait une dernière halte à Chucuito, en compagnie de Simon-Pierre Arnold. Dans un style bien différent, ce religieux belge est, depuis longtemps, impliqué dans une labeur pastorale et théologique en accord avec les principes de la théologie de la libération (en deux mots : une église pour et avec les plus démunis). Ce que je retiens de plus frappant de notre discussion est le contraste entre son optimisme quant à l’avenir socio-économique péruvien et son pessimisme, sa déception face à la direction prise par l’église catholique au Pérou. C’est, avec amertume, qu’il nous expliquait que l’Opus Dei et le Sodalicio de la Vida Cristiana (une sorte de version péruvienne de l’Opus) étaient de plus en plus influents dans le pays. A titre d’exemple, toutes les nominations récentes d’évêques l’ont été en faveur de membres de ces deux organisations. Les effets s’en font durement sentir. Le long travail de rapprochement, ou plutôt de mise à jour, de valorisation des croyances, des rituels andins qui, depuis toujours, coexistent avec la religion catholique a ainsi été balayé, en quelques mois, par cette hiérarchie ultraconservatrice pour qui cela est, tout simplement, inconcevable. A ce propos, j’en profite pour conseiller aux hispano lecteurs l’ouvrage, récemment publié par le fils des premiers amis cités dans cet article, Jaris Mújica, qui analyse, entre autres, la structure et le discours des deux organismes catholiques conservateurs évoqués ci-dessus[4].

J’en ai fini avec ce récit qui, je l’espère, vous a, quelque peu, intéressé. En tout cas, pour moi, ce voyage a été plus qu’un simple retour aux sources, cela a été une confirmation d’un vieux rêve : celui de suivre, en partie, les traces de mes parents (et oui… il faut l’admettre sans gêne…), celui de vivre une partie de ma vie en Amérique Latine, celui de soutenir ce type de projets et vous motiver à continuer à le faire ! Je suis, en effet, plus convaincu que jamais, qu’il existe des initiatives, bien qu’humbles et de petite envergure, qui font une réelle différence et valent le coup d’être soutenues !



[2] Voir http://www.aldeayanapay.org/ (la page existe en espagnol et en français).

[3] Voir un article en français présentant Nidelbarmi sur http://familleautourdumonde.free.fr/amsu2002/pages/nidel.html + extraits d’une lettre de Jean Claessens ci-dessous…

[4] J. MUJICA, Economia Política del Cuerpo (La reestructuración de los grupos conservadores y el biopoder), Lima - 2007.

1 commentaire:

Emmanuelle a dit…

Bravo pour le blog!